La place de l'Europe dans le monde


L’Europe est attendue partout à travers le monde. Mais force est de constater qu’elle n’y tient ni la place ni le rôle qui sont attendus d’elle. Ceux que lui autoriseraient son histoire et son modèle de réconciliation. Ceux d’une Europe puissance dont elle semble refuser délibérément la perspective. L’Union Européenne mobilise pourtant une large panoplie d’instruments (relations contractuelles, dialogue politique, assistance financière, aide humanitaire, politique commerciale, etc.) pour promouvoir les valeurs qui fondent son identité : la paix et la stabilité, la démocratie et la justice, la solidarité, l’égalité entre les femmes et les hommes. Ses très nombreux programmes de coopération font même d’elle, in fine, le plus important bailleur de fonds de la planète. Mais bien peu le savent tant son influence politique et diplomatique apparaît timide ou aimable.

Si l’Union contribue aux côtés de la communauté internationale à la relance du processus de paix au Proche-Orient, elle n’y tient pas le rôle attendu de médiation bien que les américains y soient considérés – à tort ou à raison – comme ayant pris parti. Si elle multiplie depuis ces dernières années les initiatives encourageantes (stratégie de sécurité, interventions au Congo, en Afghanistan, dans les Balkans…) qui l’installent comme un acteur crédible de sortie de crise, ceci ne suffit pas à asseoir son autorité au plan mondial. Les efforts de l’U.E. sont utiles et nombreux mais bien faible est sa voix dans le concert international. En a-t-elle seulement la volonté ?

Car l’enjeu véritable n’est rien moins que peser sur la marche du monde. La responsabilité des affaires de la planète ne peut durablement peser sur les seules épaules du Président des Etats-Unis. La vocation de l’Europe est de favoriser l’émergence d’un monde multipolaire. Son devoir celui de partager le fardeau avec ses amis américains pour être coresponsable de l’équilibre de la planète. Les européens sont devant le choix d’une Europe alliée ou d’une Europe alignée.

Mais sans institutions organisant la réalité d’une Politique Etrangère et de Sécurité Commune, sans gouvernement européen responsable devant le Parlement et les citoyens, l’Europe demeure démunie et brille trop souvent dans la cacophonie des égoïsmes nationaux. L’absence d’une véritable armée européenne, capable de rivaliser avec la puissance américaine, est souvent soulignée pour justifier l’absence d’autorité de l’Europe sur la scène mondiale. Mais une défense commune n’est que l’outil d’une politique étrangère, elle ne saurait se substituer au manque de volonté d’une souveraineté partagée.

Dans ce contexte difficile, la Constitution européenne apporte des éléments encourageants : c réation du poste de ministre des affaires étrangères, chargé notamment de la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE (PESC), inscription d’une clause de solidarité entre les Etats membres en cas de menace terroriste, définition d’un embryon de politique de défense commune, etc. Ces avancées, bien que modestes, renforcent les moyens de l’Union pour son action extérieure. Elles risquent cependant de se révéler inopérantes tant que les conditions de prise de décision demeureront celles de l’unanimité.

L’Europe n’a pourtant pas de temps à perdre, prise en tenaille des empires continents. D’un côté les Etats-Unis, de l’autre la Chine et l’Inde dont les croissances démographiques et économiques insolentes bousculent l’ordre mondial.

Il y a donc urgence. C'est pourquoi nous soutenons l'idée de la création d'une véritable Union politique seule à même de peser dans le monde. Et nous avons une certitude : selon que l'Europe existe ou pas, le monde ne sera pas le même.

 

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